Inaptitude au travail : et si on anticipait les risques ?
L’inaptitude n’arrive jamais du jour au lendemain. Qu’elle touche un salarié du privé ou un agent public, elle résulte souvent de signaux ignorés, d’un suivi insuffisant ou de mesures prises trop tard. Prévenir et anticiper permet de protéger à la fois la santé du salarié et la sécurité juridique de l’employeur ou de l’administration. Ce guide présente les bonnes pratiques pour agir en amont et éviter les licenciements ou radiations.
Pour les employeurs privés et publics : sécuriser et maintenir dans l’emploi
1. Prévention en amont
- Évaluer et anticiper les risques professionnels dès l’embauche (DUERP, conditions de travail, ergonomie, stress, bruit).
- Organiser des formations sécurité et des campagnes de sensibilisation (gestes et postures, RPS, TMS).
- Impliquer le CSE ou les représentants du personnel dans l’élaboration des plans de prévention.
2. Repérer les signaux faibles
- Absences répétées, baisse de performance, fatigue chronique ou changements de comportement.
- Multiplication des demandes d’aménagements ou tensions au sein des équipes.
- Former les managers à détecter ces indicateurs et intervenir rapidement.
3. Collaborer avec la médecine du travail
- Planifier visites de pré-reprise et visites médicales de reprise.
- Appliquer les recommandations d’aménagements, reclassements ou formations.
- Maintenir un dialogue constructif avec le salarié tout au long de l’arrêt ou de la période de suivi.
4. Explorer tous les leviers d’aménagement et de reclassement
- Adapter le poste, ajuster le temps de travail, proposer télétravail ou mi-temps thérapeutique.
- Former ou reclasser le salarié sur un autre poste compatible avec ses capacités.
- Travailler avec les services de santé au travail, Cap Emploi ou services RH/administratifs dans la fonction publique.
5. Procédure en cas d’inaptitude
- Dans le privé : le licenciement n’est possible qu’après épuisement de toutes les solutions de reclassement.
- Dans le public : la radiation pour inaptitude est un ultime recours, le reclassement est prioritaire.
- Toujours documenter et motiver les décisions, avec avis du CSE ou de la médecine de prévention.
Pour les salariés et agents publics : agir tôt et se protéger
1. Agir avant que la situation se dégrade
- Surveiller votre fatigue, stress, douleurs ou baisse de concentration.
- Consulter votre médecin dès les premiers signes.
- Documenter vos difficultés et démarches.
2. Ne pas rester seul
- Dialoguer avec votre manager, votre CSE ou représentants syndicaux, service social, référent handicap.
- Mettre en mots vos difficultés et tracer vos alertes.
3. Mobiliser la médecine du travail ou de prévention
- Solliciter visites de pré-reprise ou rendez-vous anticipés.
- Obtenir des recommandations d’aménagement, de reclassement ou de formation.
- Comprendre que le médecin est là pour maintenir l’emploi, pas pour sanctionner.
4. Demander des aménagements
- Adapter le poste, le rythme, le matériel ou le télétravail.
- Temps partiel thérapeutique ou changement de missions si nécessaire.
- Privé : l’employeur doit examiner vos demandes.
- Public : l’administration doit rechercher une solution compatible avec votre état de santé.
5. Anticiper le reclassement ou la reconversion
- Préparer la mobilité interne ou la reconversion avant l’inaptitude.
- Mobiliser Cap Emploi, les services RH, CDG ou FIPHFP selon votre statut.
6. Si l’inaptitude est prononcée
- Dans le privé : vérifier que toutes les démarches de reclassement ont été effectuées.
- Dans le public : le reclassement est prioritaire, la radiation reste un dernier recours.
- Toujours conserver des traces écrites et motivées de toutes vos démarches.
À retenir
- L’inaptitude se prévient, elle ne se subit pas.
- Agir tôt multiplie les solutions et protège vos droits.
- Médecin du travail, aménagements et reclassement sont vos alliés.
- Le silence et l’isolement coûtent cher, tant pour l’employeur que pour l'employé.
Sources légales et pratiques :
Code du travail : L.4121‑1, R.4121‑1, L.1226‑1‑3, R.4624‑29, R.4624‑30, L.1226‑2, L.1226‑2‑1. Fonction publique : lois n° 83‑634, 84‑16, 86‑33 et décrets 85‑603, 86‑442. Cap Emploi, FIPHFP, Ministère du Travail.



